Une médecine ultra-personnalisée ou ultra-libérale est-elle encore une médecine ?

Image d’illustration / © iStock – gorodenkoff
Auteurs : Xavier Pavie & Jean-Sébastien Diana

TRIBUNE // Avec la découverte en 2020 des ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, l’édition génétique est entrée dans une nouvelle ère. Il devient possible d’envisager des opérations à la carte, notamment pour traiter certaines maladies rares. Une évolution qui remet en question l’universalité du soin et risque d’enterrer le principe de précaution, estiment dans cette tribune le philosophe Xavier Pavie et le médecin Jean-Sébastien Diana.

L’ultra-personnalisation de la médecine n’a rien de nouveau. Le célèbre médecin personnel de Marc Aurèle, Galien, était renommé pour sa thériaque, une préparation médicinale complexe qu’il considérait comme un véritable « remède miracle ». Élaborée avec soin pour l’empereur-philosophe, cette potion contribuait, selon lui, à maintenir la vigueur et la robustesse de Marc Aurèle, à l’image de son père adoptif, l’empereur Antonin. Il est dit que l’auteur des Pensées pour moi-même en était même tout à fait dépendant.

« Un patient, un traitement »

Dix-huit siècles plus tard, cette ultra-personnalisation médicale vient de prendre un tournant historique. En mai 2025, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine annonce un bouleversement majeur pour le vivant en général et l’humain en particulier : la première utilisation, après un développement accéléré, de l’édition génique personnalisée dite « N-of-1 » (un patient, un traitement) in vivo chez un nourrisson pour traiter une maladie génétique extrêmement rare.